top of page

Question existentielle : le bon moment ? · Laura Lesueur, entrepreneure, fondatrice du club de femmes The Circle et du podcast Legend Ladies

32false45 GMT+0000 (Coordinated Universal Time)
24 min de lecture


1. Présentation de Laura


Ondine : Bonjour Laura, et bienvenue sur Mon pas de côté. Je suis ravie de te recevoir aujourd'hui, je te remercie encore pour ta confiance et ta disponibilité. Pour commencer, est-ce que tu serais d'accord de te présenter, s'il te plaît ?

Laura : Toujours un exercice délicat. Par où est-ce qu'on se présente ? Comment est-ce qu'on se présente ? Moi, je suis donc Laura Lesueur, j'ai trente-sept ans. Je suis avant tout la maman de deux petites merveilles qui ont cinq ans et demi et deux ans, qui, au-delà de toutes mes ambitions, sont vraiment le sel de ma vie. Donc voilà, je me présente d'abord comme ça. Et c'est intéressant, parce que je n'ai pas toujours été maman, forcément, mais c'est une partie constitutive de mon identité aujourd'hui.

Je suis entrepreneure, après avoir passé une dizaine d'années dans la tech. Je suis conférencière en entreprise sur des sujets liés au leadership, à la parité, au personal branding. J'ai également créé un réseau féminin, The Circle, et un podcast, Legend Ladies. Le point commun de tout ça, je pense que ce sont les femmes et la volonté d'impact.

Je suis mariée. Je suis parisienne pur jus, mais en ayant beaucoup voyagé, en ayant vécu à l'international, et en étant très heureuse de vivre à Paris. Que te dire d'autre ? On va commencer comme ça, je crois.

Ondine : C'est déjà beaucoup. Merci pour cette présentation plus que complète.


2. Devenir mère : le bouleversement identitaire


Ondine : Tu dirais que ce rôle de mère, qui est arrivé il y a six ans disons, parce que la grossesse en fait partie, et puis le désir avant même la grossesse déjà, qu'est-ce que ça a généré chez toi ?

Laura : C'est un bousculement d'identité. Parce que, déjà, en devenant mère, même s'il y a plein de manières de devenir mère, d'ailleurs, en tous les cas, ma manière à moi, ça a été effectivement de porter mes enfants, d'avoir un parcours de PMA aussi pour les deux.

Et donc, déjà, le fait de devenir mère, pour moi, c'était au niveau de la pensée. J'ai l'impression d'avoir été mère avant même d'avoir conçu mes enfants. J'aimais déjà l'idée d'eux. En réalité, j'ai d'abord aimé l'idée d'eux sans les connaître. Et après, je suis tombée en amour pour eux un peu plus chaque jour, en les rencontrant, en les connaissant, en les voyant grandir au jour le jour.

Donc qu'est-ce que ça a créé chez moi ? C'est un bouleversement identitaire à plein de niveaux. Parce que, bien sûr, tu deviens mère, mais donc tu n'es plus uniquement la fille de tes parents, tu es aussi l'adulte et la mère d'autres enfants. C'est un chamboulement. Et ça te questionne, c'est un miroir permanent. Ça te questionne sur qui tu es, sur en quoi tu crois, sur ce que tu as envie de semer. On parlait de transmission il y a quelque temps ensemble.

C'est vraiment un bousculement, mais qui donne énormément de sens à la vie, et qui invite, je crois, à se poser des questions en permanence, beaucoup plus que de juste vouloir avoir les réponses. Il y a une phrase qui dit : « On a d'abord des principes, et après on a des enfants. » C'est un peu ça, en fait. Ça vient bousculer tes certitudes. Et tant mieux, parce que je crois qu'une vie remplie de certitudes établies, c'est un peu dangereux. Les enfants viennent vraiment bousculer plein de choses, physiquement, émotionnellement, psychologiquement. C'est passionnant, et c'est un bouleversement à tous points de vue.


3. L'amour inconditionnel et la peur vertigineuse


Ondine : Tu dirais que, quelque part, tes enfants t'ont rendue davantage philosophe ?

Laura : Oui, indéniablement. Et en fait, il y a autre chose que ça génère, et c'est lié aussi au rapport à la vie, et donc à la philosophie. C'est que mes maternités et mes enfants, c'est ma plus grande force, et en même temps ça ouvre la plus grande peur.

C'est vertigineux, parce qu'en fait devenir mère t'ouvre un horizon d'amour que j'ai vécu, que je vis, comme vraiment l'amour inconditionnel, tel qu'on peut le décrire. Et à la fois, ça s'accompagne de la peur immense, forcément, de la perte. Parce que quand tu ressens quelque chose d'aussi fort, un amour ou un bonheur aussi fort, je trouve que ça s'accompagne en permanence de la peur de la perte, qui est complètement vertigineuse. C'est toute cette tension, quand tu tiens quelque chose d'aussi précieux.


4. D'où elle vient : un père philosophe, une mère solaire


Ondine : Et toi, tu viens d'où ?

Laura : Je viens d'une enfance qui a été constitutive, comme pour tout le monde, mais pour moi, parce que j'ai oscillé entre un papa très, on va dire, philosophe, intello, et en même temps entrepreneur dans l'âme, qui m'interrogeait toute petite sur mes valeurs. Très jeune, il me disait : « Mais quelles sont tes valeurs ? Qu'est-ce que ça veut dire pour toi ? Comment tu les incarnes ? » Avec d'autres mots, bien sûr. Mais assez tôt, il m'a initiée à la réflexion, quelque part à l'introspection, et au fait de développer mon esprit critique.

Et à le voir aussi, ça, c'est important, en permanence en mouvement, et en permanence en train de travailler. Je me souviens, quand je partais avec mes parents le week-end ou l'été, mon père avait toujours des piles de dossiers derrière son bureau. Et il nous disait toujours : « Mais moi, je ne travaille pas. Je ne suis pas en train de travailler, je suis en train de m'amuser, je suis passionné. » Ça t'ouvre un regard sur le rapport au travail assez jouissif et enthousiasmant, assez tôt.

Ça, c'est du côté de mon papa. Et ma maman, complètement différente, n'ayant jamais vraiment travaillé, elle a été mannequin dans sa vie. Une femme très féminine, très solaire, mais pas du tout dans une ascension professionnelle. Beaucoup d'audace. Beaucoup de légèreté, pas dans le sens superficiel du terme, mais beaucoup de joie, d'audace, de panache quelque part.

Je viens de là, de ce mélange assez improbable de mes parents, qui sont si différents, et pourtant qui sont encore ensemble aujourd'hui. Et je crois qu'après, chaque personne va piocher en fonction aussi de qui elle est. Parce que je pense qu'on est au monde déjà avec un bagage qui nous appartient, qui est une part de mystère, entre ce qui s'est passé dans le ventre de notre maman, et puis des choses aussi qu'on ne maîtrise pas du tout, qui sont peut-être de l'ordre du transgénérationnel. C'est un sujet passionnant.

Donc je viens de là. Et après, évidemment, je viens aussi de ces trente-sept années de rencontres, d'expériences, de points de bascule, de moments de joie, de moments de tristesse. C'est une composition.


5. L'urgence existentielle : vingt-quatre ans, l'hôpital


Ondine : Tu parles de bagage, je trouve ça passionnant. Tu sais, toi, quel était ce bagage avec lequel tu es arrivée au monde ?

Laura : Pas totalement. Pas totalement, parce que j'ai l'impression qu'on apprend toute la vie sur qui on est vraiment. C'est le fameux « connais-toi toi-même », qui est un vaste programme, et je pense qu'on est toujours des êtres en devenir.

Donc le bagage avec lequel je suis arrivée dans ce monde… Je crois quand même qu'il y a des résonances dans la vie, et ça, moi, j'ai connecté les points au fur et à mesure. Je crois que j'ai toujours eu une forme d'urgence existentielle.

Quand j'ai eu vingt-quatre ans, j'ai eu une grosse frayeur, parce que j'ai failli avoir une septicémie, qui est une sorte d'infection généralisée qui peut engager le pronostic vital. J'ai passé dix jours à l'hôpital. Et avant ça, il y a eu une sorte d'errance médicale pendant une quinzaine de jours, où on ne savait pas trop ce que j'avais.

Un médecin a cru que j'avais un cancer des ovaires. Il a prononcé ce mot. À vingt-quatre ans. Je me souviens, j'étais avec ma maman chez le médecin, et il prononce ce mot, en disant : « Peut-être que c'est un cancer des ovaires. » Et là, en fait, pendant ces quinze jours, avant d'aller à l'hôpital pour faire une biopsie, et découvrir que ce n'est pas ça, mais que ça aurait pu être très grave, se joue dans ta tête ce scénario qui n'est pas confirmé. Notre cerveau limbique, entre l'imaginaire, ce qu'on projette, et le réel, ne fait pas vraiment la différence.

Et donc se joue pour moi le fait que, peut-être, et moi je me suis vraiment dit ça à vingt-quatre ans, peut-être que mes jours, ou mes mois, ou mes années sont comptés. Et peut-être que la fin va arriver plus tôt que prévu. Je me souviens très bien m'être dit : finalement, on ne sait pas du tout quelle va être la durée de notre existence. On sait que les dés ne sont pas jetés, mais le ressentir assez tôt dans son existence, ça change quand même les choses.

Et je me souviens, sur ce lit d'hôpital, quand j'ai été rassurée du diagnostic. Je suis restée dix jours à l'hôpital, juste avant Noël, et je lisais la biographie de Steve Jobs. Je me souviens très bien, j'ai lu ce gros bouquin, la biographie écrite par Walter Isaacson. Et je me souviens qu'au sortir de l'hôpital, j'ai redoublé d'envie de vivre.

Je sais que j'ai ça en moi aujourd'hui : cette envie de dévorer la vie, de multiplier les projets, de faire les choses avec passion. Je pense que ça vient de là. Donc pour répondre à ta question : je pense que je suis née aussi avec une forme d'urgence existentielle, qui s'est incarnée différemment à plein de moments de ma vie.


6. Ce qu'elle met derrière « urgence existentielle »


Ondine : Quand tu dis « urgence existentielle », finalement, tu mets quel mot derrière ça ?

Laura : Je mets le fait que j'ai réellement l'envie, chaque matin, de goûter la vie pleinement. Dans son ensemble, c'est-à-dire avec ses joies, avec ses peines, avec ce qu'elle a de beau autant que de difficile et d'éprouvant. Parce que tout n'est évidemment pas toujours rose.

Je crois que c'est un amour de la vie, cette urgence existentielle, qui fait que aussi bien les joies que les peines, j'ai envie de les vivre pleinement. Ma manière à moi de les vivre, c'est de les embrasser vraiment, tu vois, je fais ce geste en même temps, en me touchant les bras, de m'y engouffrer. Parce que de toute façon, si elles sont là, ces joies et ces peines… Je ne suis pas quelqu'un qui peut contourner les choses. J'ai besoin de vivre pleinement les choses, de les embrasser, de les prendre à corps et à cœur pour les traverser. C'est ma manière à moi de le faire.

Ondine : Je suis profondément touchée par ce que tu dis, parce qu'il me semble qu'il n'y a rien de plus beau que de vivre la vie de cette façon-là. Merci pour ce partage.


7. Première valeur : le courage


Ondine : Et tu dirais que justement, cet apprentissage de la vie, ce bagage, ces parents, ces valeurs du coup que te faisait discuter ton père, quelles étaient-elles, et quelles sont-elles encore aujourd'hui ?

Laura : Déjà, je pense que c'est celle du courage. Alors derrière le courage, moi je ne mets pas un grand acte héroïque. Parce qu'en réalité, les grands actes héroïques, on peut tous s'y projeter, mais on ne sait jamais vraiment comment on réagit dans des situations qui nous mettent face au danger. On ne sait pas comment on va réagir, et j'ai envie de dire, presque tant mieux, on y est au final rarement confronté dans une existence.

Je parle plus d'un courage qui va s'incarner dans le quotidien. Parce que ce que je mets derrière le courage, c'est quelque chose de presque ingrat, parce que très exigeant, et qui te force à une humilité permanente. C'est un alignement entre ce que tu penses, ce que tu dis, et ce que tu fais.

Et je t'en parle comme ça parce que j'avais été interrogée à mon oral d'école de commerce, à l'EDHEC, sur cette valeur. On m'avait demandé : « Mais qu'est-ce que c'est, pour vous, le courage ? » Et j'en avais parlé justement avec mon père, dans mon adolescence. J'étais arrivée, dans la discussion, à cette conclusion.

Si tu arrives à aligner ce que tu as dans ta tête, donc tes convictions, tes engagements, ce en quoi tu crois, avec ce que tu dis, donc être capable de les retranscrire à l'oral, d'être une femme ou un homme de parole ; mais pas que, parce qu'après tu vas les mettre en mouvement et en action… si tu arrives à aligner ces trois choses, c'est déjà extrêmement exigeant. Il faut être humble, parce que c'est très imparfait. On n'est jamais cent pour cent aligné dans son courage.

Et en fait, tu te rends compte que la plupart des gens pensent des choses, ne disent pas vraiment ce qu'ils pensent ; disent des choses, ne font pas forcément ce qu'ils disent. Donc ça t'oblige à t'élever en permanence, en essayant d'aligner tout ça. C'est très ingrat, parce que ce n'est pas forcément facile sur le court terme. Mais je crois que fondamentalement, c'est très payant sur le long terme, déjà parce que tu gagnes en estime de toi-même. Comme beaucoup de choses dans la vie : ce qui te coûte un peu, parce que c'est ingrat au début, t'apporte beaucoup de valeur sur le long terme, en termes d'estime de toi et aussi vis-à-vis des autres. Je pense que ça fait la différence sur le long cours.


8. Deuxième valeur : la responsabilité


Laura : La deuxième, c'est la responsabilité. C'est vraiment ce principe avec lequel j'ai grandi, qui est de dire : on ne décide évidemment pas de tout ce qui nous arrive dans la vie. Il y a des joies, des peines, des succès, des drames dont on n'est absolument pas pleinement responsable. Mais on a toujours, et je trouve que ça, c'est très heureux, cette marge de manœuvre pour se dire : voilà ce qui m'arrive, comment est-ce que j'arrive à avoir une marge de manœuvre pour pouvoir l'interpréter à ma manière, pour pouvoir en faire quelque chose.

Et on voit bien, dans des existences par exemple très difficiles, que les personnes vont les interpréter de manière différente au cours de leur vie. Ça, je trouve que c'est porteur d'espoir, parce que ça prouve qu'on a encore une capacité d'interprétation. Donc c'est se dire : je ne suis pas responsable de tout ce qui m'arrive, mais j'ai quand même une marge d'action sur la manière dont je fais quelque chose dans ma vie.

Et puis, sur cette notion de responsabilité, c'est vraiment dans les succès comme dans les échecs, ou dans les difficultés. Je trouve que très vite, notamment dans les difficultés, on va avoir tendance à trouver des circonstances extérieures. C'est intéressant quand même de se dire : OK, il y a plein de circonstances, mais moi, quel est mon périmètre d'action par rapport à ce qui m'arrive ? Qu'est-ce que je peux faire ? Je trouve que c'est intéressant de se recentrer sur notre capacité d'agir.


9. Troisième valeur : l'harmonie et ses dissonances


Laura : Et puis le troisième qui me tient très à cœur, c'est l'harmonie. C'est un mot que j'aime beaucoup, parce qu'il me fait penser à la musique. Et parce qu'en fait, ma vie, je pourrais la voir soit comme un chaos permanent, parce que ça part dans tous les sens, mais je peux aussi la voir comme une harmonie totale, parce que tout ce qui se mélange, au final, est une musique qui fait sens à mon oreille, et qui est une mélodie qui me porte. Et donc que je m'approprie. L'harmonie, j'y suis très sensible.

Ondine : Et puis, même s'il y a parfois des dissonances, dans Beethoven, il y en a. Et c'est ça aussi qui apporte quelque chose de très harmonieux à un morceau.

Laura : Exactement. Complètement.


10. Dire non : le référentiel de la femme à devenir


Ondine : Tu disais tout à l'heure qu'il y avait finalement de l'ingratitude à porter le courage au quotidien, que ce soit avec soi ou avec l'autre. Comment tu traverses ça, toi ?

Laura : J'essaye de regarder pas forcément la femme que je suis aujourd'hui, par rapport à la peur que peut générer une ingratitude. Pour prendre un exemple concret : quand tu dis non à quelqu'un, ou quand tu refuses quelque chose, le court terme t'engagerait plutôt à dire oui, parce que tu vas faire plaisir, tu vas t'épargner un message un peu désagréable, et puis ça va mettre tout le monde d'accord. Mais au final, si tu ne le ressens pas vraiment, pour moi c'est problématique.

Donc plutôt que de rester dans mon présent des ressentis, je n'ai pas envie de contrarier l'autre, j'ai envie de m'épargner un message difficile, j'ai envie de faire plaisir, donc je dis oui, je me projette plutôt sur la personne que j'ai envie de devenir. Et c'est une construction quotidienne. En me disant : tu es portée par des valeurs qui sont, par exemple, celles du courage, on a vu, c'est lié à un alignement. Comporte-toi et élève-toi, non pas comme ce qui est facile sur le court terme, mais plutôt comme la femme que tu as envie de devenir.

Et donc là, si c'est un non, parce que tu sais que ce projet ne fait pas sens, parce que tu n'as pas envie, et c'est important d'assumer le choix de l'envie, de là où tu mets ton temps et là où tu ne le mets pas. C'est facile de dire « tu n'as pas le temps ». On a tous et toutes le temps. On choisit de le consacrer à certains moments, à certaines personnes, ou pas. Je pense qu'il faut être très honnête là-dessus. Même si ce n'est pas facile, parce que par définition on n'a pas du temps pour tout et pour tout le monde, c'est aussi simple que ça.

Mais si tu te dis : je choisis d'assumer le fait que je ne mets pas ce temps-là dans cette proposition, dans ce projet, tu vas faire une réponse. Tu peux dire la vérité tout en restant tout à fait cordiale, et en respectant aussi ce que te propose l'autre. Ça t'oblige à t'élever, c'est un peu plus coûteux. Mais comment j'arrive à traverser ça ? Mon référentiel, ce n'est pas mon ressenti là maintenant. C'est la femme que j'ai envie de devenir. Et cette femme-là, elle est courageuse et alignée, tout en étant empathique, parce que c'est vraiment quelque chose que j'ai en moi, empathique de la proposition de l'autre, respectueuse de ce qui m'est proposé. Je ne suis pas en train de le balayer, mais je sais pourquoi je dis non.

Ondine : C'était comme ça déjà que tu le vivais, enfant, ce courage-là ?

Laura : Non, je pense que ça vient avec le temps. Ça vient avec la maturité, avec les années. Avec aussi le fait que tu comprends que le temps et l'énergie sont des ressources qui ne sont pas infinies, même avec la meilleure volonté du monde. Et que pour essayer de faire les choses en y mettant une qualité de temps et d'attention, il faut choisir, il faut faire des choix. À trop dire oui tout le temps, tu te rends compte que tu finis par brûler certaines étapes, certains moments. Et en fait, c'est un cadeau pour personne, ni pour toi, ni pour les autres.

Donc c'est un apprentissage, je pense, de se dire : à quoi est-ce que je vais allouer ce temps ? Quels sont les choix que je fais, quels sont les oui que je donne, quels sont les non que je donne ? Ça vient avec les années. Je pense que j'ai appris ça dans ma trentaine.


11. La bascule : quitter la tech à vingt-neuf ans


Ondine : Et alors, qu'est-ce qui s'est passé pour que ça arrive ? Parce que ce que j'entends, c'est qu'il y a cette urgence existentielle, cette pulsion de vie, d'accueillir ce qui est là avec résilience et avec cette envie de vivre plus fort que tout, qui s'est ancrée encore plus à vingt-quatre ans suite à ce problème de santé que tu as traversé. Et aussi ce moment où tu as quitté la tech pour commencer l'entrepreneuriat. Donc ça, c'était quand ?

Laura : Je suis partie de la tech quand j'avais vingt-neuf ans. En deux mille vingt. Et ce moment de bascule, c'est intéressant, parce qu'en fait on en revient à l'alignement.

Je suis dans cette entreprise de la tech, ça se passe très bien, je travaille beaucoup. Par rapport au modèle parental que j'ai eu de mon papa notamment, j'ai toujours beaucoup travaillé, et je me suis toujours épanouie dans l'action, ça c'est sûr, mais aussi dans le travail. Mais avec aussi cette conscience aiguë du temps. Du temps qui passe.

Et donc je me retrouve à beaucoup travailler, à y consacrer beaucoup de temps. Et je me dis, à un moment donné : si je travaille beaucoup, même si je suis épanouie dans ce que je fais, il faut que ça fasse pleinement sens pour moi. Parce que le temps est précieux.

De ces réflexions-là, et de mon envie aussi de partager, notamment par le biais de la prise de parole, très vite je me suis dit : il faut que je crée mon entreprise, pour que ce temps précieux, et le beaucoup d'engagement que je mets dans le travail, ce soit pour mes projets. Ça faisait plus sens de le faire pour mes projets que pour des projets fascinants, mais des projets d'autres personnes.

Et puis j'avais quand même cet entrepreneuriat chevillé au corps, parce que j'avais déjà lancé une première entreprise en deux mille quatorze, pendant un an, avec une associée. Que j'ai arrêtée assez vite, parce que c'était un projet d'opportunité business beaucoup plus qu'un projet de cœur. Donc ça me portait moins.

Ondine : Et dans quel domaine ?

Laura : Dans la foodtech. On faisait des plats de restaurants à emporter, un principe de click and collect. Un tout autre domaine, mais c'était une super expérience.

Ondine : On voit que ça t'a amusée.

Laura : Ça m'a amusée. Mais voyant que je n'étais pas portée par quelque chose qui me tenait vraiment à cœur, j'ai préféré arrêter vite.


12. « C'est justement le bon moment »


Laura : Donc je reviens tout début deux mille vingt à l'entrepreneuriat. Et en fait, à ce moment-là, sur le papier, ce n'est pas du tout le bon moment, parce que j'entame vraiment un processus de PMA, c'est-à-dire que je suis enceinte d'un mois.

Autant te dire que se lancer dans l'entrepreneuriat en ayant un tout début de grossesse, après un parcours de PMA… Tu as plutôt envie de nid, de te dire : je vais rester dans le confort du salariat, attendre, partir en congé maternité, tout en restant payée.

Et en fait, non. C'était tout le contraire. Justement parce que j'étais en train d'accueillir ce projet de vie, et que j'avais déjà la vie en moi, si précieuse, pour moi, j'avais un besoin d'alignement. Et donc quand mon entourage, voulant me protéger, m'a dit « ce n'est pas forcément le bon moment », je leur ai dit : c'est justement le bon moment.

Parce que j'avais ce besoin d'alignement, et parce que ce qui se passait corporellement et psychiquement pour moi venait tellement répondre à un besoin d'ancrage et d'alignement.

C'est là où je suis partie, il faut le dire aussi, en rupture conventionnelle. Et ce n'est pas un détail pratique, c'est très important. Parce que la prise de risque de l'entrepreneuriat à ce moment-là, pour moi, elle était réelle, mais elle était quand même mesurée. Il faut le dire, parce que j'avais ce confort de la rupture conventionnelle, qui me laissait une période de latence quand même confortable.


13. Remords ou regrets : le rapport au risque


Laura : Et parce que je pense que moi, j'ai toujours eu un rapport au risque important. C'est-à-dire que la vie étant précieuse, j'ai beaucoup plus peur d'avoir des remords que d'avoir des regrets.

Donc ma peur à moi, elle est dans le « ah, si un jour tout s'arrête et que je n'ai pas osé aller vers ce rêve », beaucoup plus que dans le « si j'essaye et que je rate ». Et puis je me disais vraiment : si ça ne marche pas, ce n'est pas grave, j'ai un bagage professionnel, j'ai des diplômes, je retrouverai quelque chose. Donc je me suis lancée sans trop de plan B.

Ondine : Et du coup, quels ont été, disons, les signaux, pour te dire « c'est le moment » ?

Laura : Déjà, le fait d'être sur le point de devenir maman, c'était important pour moi d'avoir cet alignement. Et puis ensuite, parce que c'est vraiment la raison de vouloir allouer mon temps sur des projets qui fassent pleinement sens pour moi. Le salariat ne me correspondait plus, parce que je n'étais pas totalement libre de mes faits et gestes, de mes décisions, et des projets que je portais. C'est vraiment ça qui m'a décidée.


14. La congruence : les trois portes de communication


Ondine : Et ça rejoint ce que tu disais tout à l'heure par rapport à la mise en question. Remettre en question ce que tu fais, pourquoi tu le fais, jusqu'à quand tu le fais, donner du sens à ton quotidien. Tu parlais tout à l'heure de sens à la vie, et là, il y a ta vie, mais il n'y a plus seulement ta vie à ce moment-là. J'ai l'impression que c'est ça qui amplifie d'autant plus ton besoin.

C'est ce qu'on appelle la congruence en psychologie. C'est ce dont on parle beaucoup, l'alignement. On est congruent quand ce qu'on dit correspond à ce que l'on pense, à ce qu'on ressent, et à ce que l'on fait.

En analyse transactionnelle, certainement ailleurs aussi, mais c'est ce que je connais le mieux, on parle de trois portes de communication : la pensée, donc la parole ; les émotions, donc ce qu'on ressent ; et le comportement. Et la congruence, c'est les trois ensemble. Tu en parles beaucoup, de cette congruence-là, et j'entends à quel point c'est important d'honorer ça dans ton quotidien.

Laura : Complètement. J'y essaye, parce que je pense que quand c'est dissonant… Et on peut arriver à des moments de dissonance, d'ailleurs. Ce n'est pas quelque chose de figé, ce n'est pas une science exacte, ce n'est pas « j'ai l'alignement une fois pour toutes et c'est bon ». C'est ça que j'aime aussi : comme tu le disais, la vie est mouvement.

Et en fait, relever quelque part les compteurs, régulièrement, de sa congruence, de cet alignement, ça t'invite en permanence à t'assurer que le chemin, ou les chemins, sur lesquels tu es en train de marcher font toujours sens pour toi. Je pense que ce à quoi on aspire dans la vie, quelle que soit la trajectoire que l'on suive, c'est que ça puisse résonner, c'est que ça puisse vibrer.


15. La joie comme source : les goûters et les boums


Laura : Une source très importante aussi pour moi, dans tout ce que j'entreprends, dans tout ce que je fais, c'est très enfantin, c'est la joie que ça me procure.

Comme tu le sais, j'organise des événements, j'organise des moments, j'ai ce réseau de femmes. Moi, quand j'étais enfant et adolescente, ce que j'adorais organiser, c'était au début les goûters d'anniversaire, et ensuite ce qu'on appelait des boums, à l'époque des années deux mille. Bonjour la génération années quatre-vingt-dix.

Et en fait, c'était des moments de joie. Parce que, même si je suis quelqu'un qui tient énormément à sa solitude, j'adore voir de la joie, de l'impact, de la transmission. Dans ce qui fait sens pour moi, dans cet alignement, c'est quelque part rejouer un peu ces moments très joyeux que j'ai vécus, et les retrouver par les projets que je mène.


16. L'ado qui organisait les boums


Ondine : Si tu pouvais aller voir l'ado qui organisait ces boums, tu aurais envie de lui dire quoi ?

Laura : (elle prend le temps) Qu'est-ce que j'avais envie de lui dire… C'est une bonne question.

C'est drôle, parce qu'en fait, quand j'étais adolescente, et je pense que c'est le propre de l'adolescence, on est vraiment dans le présent. Je ne réponds pas totalement à ta question, parce qu'honnêtement je n'ai pas de réponse toute faite. Mais ce que je trouve intéressant, c'est que… je ne sais pas exactement quand dans ma vie, mais depuis ma vingtaine, je pense constamment à la vie en trois dimensions temporelles. Mon passé, de quoi je suis construite ; ce que je vis actuellement ; et ce qui va advenir pour la suite. Et encore plus quand tu as des enfants, tu te projettes.

Ce n'était pas le cas quand j'étais enfant et adolescente. Et j'ai envie de dire tant mieux, parce que je pense que l'enfance, moins l'adolescence, mais l'enfance, c'est le temps où les enfants sont tellement dans le présent. Il n'y a que le présent qui compte. Et ils ont tellement raison, parce qu'en fait on est riche de beaucoup de notre présent, et ce qui compte pleinement, c'est l'instant présent. En tant qu'adulte, après, on est beaucoup dans le passé, le futur, l'anticipation. Les enfants ont cette force de vie qui est dans le présent à cent pour cent.

Donc en tant qu'adolescente, je faisais ça, mais je ne le conscientisais pas. Je ne me voyais pas faire, je ne pensais pas à l'après, je ne pensais pas forcément à l'avant. Alors, qu'est-ce que j'aurais envie de lui dire ? Je pense que je n'aurais pas tellement envie de lui dire quelque chose. Je pense que j'aurais envie de me mettre en spectatrice. De la regarder faire. Et de me dire, pour moi-même, sans avoir envie de l'influencer : tu es en train de semer des graines, peut-être pour la suite. Et continue à honorer cette petite fille, cette adolescente qui était dans ces moments de joie.

Je pense que dans ce que je fais, j'essaye de rendre hommage à la petite fille que j'étais, que je suis restée, en fait.

Ondine : Est toujours là.

Laura : Toujours prête. C'est ça, exactement.

Ondine : Ce serait un peu ces trois parties à l'intérieur de nous qui continuent à discuter sans arrêt. C'est tout à fait ce que tu décris là. Et c'est très beau de voir cette harmonie interne dans la façon de le nommer et de nous le partager. Merci pour ça.


17. Ce qu'elle dirait à celles qui ressentent les signaux sans oser


Ondine : Parmi les personnes qui nous écoutent, il y a peut-être des personnes qui sont à ce moment que tu décrivais. Il y a peut-être aussi la trentaine qui arrive, parfois, ça permet de faire un petit point. Si ces personnes qui nous écoutent peuvent ressentir ces signaux, ces mouvements, mais ne passent pas encore à l'action, tu aurais envie de leur recommander quoi ?

Laura : Je pense que c'est vraiment une philosophie de vie. C'est-à-dire que, encore une fois, quand on est plus mue par la peur des regrets que par la peur d'être jugée, d'être critiquée, de ne pas réussir, ça change complètement la manière de s'autoriser à agir ou pas.

Donc moi, j'aime bien envisager le rapport au risque, pas comme « qu'est-ce qu'on pourrait perdre », mais « qu'est-ce qu'on pourrait éviter de gagner », ou éviter de vivre, si on ne se lance pas, si on n'essaye pas.

Évidemment, quand on a un rapport au risque élevé, ça vient aussi interroger nos croyances limitantes. Donc c'est intéressant d'essayer de les comprendre, peut-être de les déconstruire. On nous a beaucoup dit aussi « réfléchir avant d'agir », mais à un moment donné, il faut comprendre que les réponses viennent vraiment dans le mouvement, dans l'action. Rester figé avec des questions auxquelles on n'aura pas la réponse à moins d'agir, finalement, ça n'avance pas à grand-chose.

Donc… je n'aime pas trop les injonctions, du type « ose, lance-toi ». Parce qu'en fait, c'est un peu facile. Il y a plein de résistances, on a toutes et tous nos résistances. Mais je pense que c'est important de se dire qu'à un moment donné, les réponses viennent en chemin. Et que, comme on le redit, la vie est mouvement. Donc à un moment donné, il faut se lancer, forcément.

Ondine : Merci pour tous ces éléments, Laura. Riches de sens.


18. Exercice de visualisation : dans cinq ans


Ondine : On en arrive au moment rituel de Mon pas de côté, avec la visualisation, si c'est OK pour toi. Je te propose de t'installer bien confortablement dans ton siège. Si possible, sans croisement, les pieds bien au sol, les mains sur les jambes, en tout cas, comme c'est le plus confortable pour toi. Tu peux rester dans le champ ou pas ; moi, je regarde toujours un peu à côté.

Et je t'invite à prendre quelques respirations un peu plus profondes. Tu peux fermer les yeux si c'est OK pour toi, ou fixer un point, afin de poser la pensée et d'aller dans le corps. Dans ces respirations un peu plus profondes et ventrales, de gonfler le ventre. Et puis d'expirer, afin d'installer quelque chose de l'ordre de la lenteur. De revenir dans le présent, à ta respiration.

Et puis de te projeter dans un futur idéal, dans cinq ans, où tout est possible, aucune contrainte. Est-ce que tu pourrais me dire où tu es ?

Laura : Je crois que je suis au même endroit. Je suis au même endroit, avec beaucoup de changement, bien sûr. Mais en tous les cas, quand je dis au même endroit : oui, cette ville où j'habite, mais c'est aussi cette activité que j'ai. Parce qu'elle me porte, parce qu'elle me nourrit, et parce que tant qu'elle nourrit en retour, je n'ai pas forcément de raison de changer d'endroit. Ce qui n'empêche pas l'évolution. Mais je suis au même endroit.

Ondine : Est-ce que tu saurais dire où sont posés tes pieds ?

Laura : Bien au sol. Bien ancrés dans le sol.

Ondine : Ce sol est fait de quoi ? C'est de la moquette, du parquet ?

Laura : Du parquet. Du parquet.

Ondine : Que vois-tu devant toi ?

Laura : Je vois plutôt un horizon. Un horizon pas forcément défini, mais un horizon, on va dire, dégagé.

Ondine : Est-ce qu'il y a des odeurs ?

Laura : Là, pas particulièrement.

Ondine : Des sensations physiques, peut-être de chaleur, ou de vent ?

Laura : Oui. Un vent agréable, frais, mais pas trop, qui t'enveloppe.

Ondine : Et qu'est-ce qui se passe autour de toi ?

Laura : J'ai comme… tu sais, le bruit des feuilles dans les arbres, quand il y a du vent.

Ondine : Autour de toi, il y a des arbres, et l'horizon. Et toi, que fais-tu ?

Laura : Là, je suis plutôt dans une contemplation. Je ne suis pas dans l'action. Je contemple l'horizon dégagé.

Ondine : Dans cette contemplation, tu dirais que tu aurais quel rôle, à ce moment-là ?

Laura : Toujours dans cinq ans, donc ?

Ondine : Oui. Dans ce que tu es en train de vivre, dans cet horizon, ce vent, ces arbres et cette contemplation, à ce moment-là, c'est quoi ton rôle ? Juste dans l'instant.

Laura : C'est celui, pour une fois, d'être en posture d'observatrice et de spectatrice. Parce que je suis très souvent dans l'action. Et donc mon rôle, c'est plutôt celui de l'observation, de la contemplation. Qui est très complémentaire à ce que je fais au quotidien.

Ondine : Et si on regarde un peu plus loin, tu dirais que ta mission de vie serait quoi ?

Laura : Je pense que c'est le fait de transmettre par la parole, un vecteur qui m'est très cher, et la volonté d'impact positif, en fédérant les unes avec les autres. Parce que c'est plutôt pour les femmes. Le côté fédérateur, qui fait sens avec l'harmonie pour moi. Donc la mission, ce serait ça : transmettre par la parole, et impacter par le lien.

Ondine : Je te propose de respirer dans cette mission de vie, au milieu de ces arbres, avec cet horizon. De respirer depuis la pointe de tes orteils jusqu'au sommet de ton crâne, afin de bien imprégner toutes tes cellules de cette mission-là, qui va de pair avec cette observation et cette contemplation.

Et puis de prendre quelques respirations un peu plus franches, un peu plus profondes. Puis de commencer à t'étirer, afin de remettre du mouvement dans tes membres. Et puis de rouvrir les yeux quand ce sera OK pour toi.

Laura : (après la visualisation) Merci pour ce moment.

Ondine : Je t'en prie. Si cette semaine tu pouvais mettre en place une petite action pour tendre vers ce que tu viens de vivre, ce serait quoi ?

Laura : Je dirais peut-être faire plus souvent ce retour au corps. Donc trouver un moment dans la journée. Le retour au corps, je le fais, parce que je suis en mouvement chaque matin sur mon tapis. Mais cette visualisation, cette respiration, l'intégrer plus souvent à mon quotidien.

Ondine : Alors, est-ce que tu pourrais prendre ton planning et intégrer ces cinq minutes dans ta semaine ?

Laura : Tu as bien raison. Parce que sans méthodologie, ça ne marche pas. Vendredi, en fin de semaine, à dix-sept heures. C'est noté. Je vais mettre « Ondine », comme ça.


19. Clôture : trois mots


Ondine : Eh bien voilà, on en arrive à la fin de ce temps partagé ensemble. Merci encore. Si tu pouvais garder trois mots de cette conversation, ce serait quoi ?

Laura : Déjà, merci beaucoup, Ondine. Je dirais, là, ce qui me vient : profondeur, harmonie et bien-être. Parce que ça fait du bien.

Ondine : Merci infiniment à toi, Laura, pour ce temps partagé, pour ta confiance, et pour tout ce que tu nous as confié aujourd'hui.

Laura : Merci beaucoup, Ondine, et à très bientôt.





 
 
 

Commentaires


Ondine de Saint André

Psychologue, coach et enseignante

Fondatrice du Cabinet OSA à Versailles

Fondatrice de l'écosystème Mon Pas de Côté

0667602899

24 Rue du Vieux Versailles, 78000 Versailles, France

  • Instagram
  • LinkedIn
  • Link

 

© 2026 by Mon Pas de Côté. Powered and secured by Wix 

 

bottom of page